Presse – The Daily Star – I want

Trouver “What I Want” : à la recherche de la liberté.

Beyrouth, 14 Mai 2003
par Ramsay Short
L’exposition de Sara Badr invite le spectateur à réveiller l’enfant qui sommeille en lui.

Sara Badr se tient de manière provocante devant sa peinture I Want to Tease You dans la pénombre du club. Le tableau représente une femme s’exposant, séductrice, au spectateur ; il dégage une ressemblance frappante avec Sara Badr. « Cela pourrait être un autoportrait et en fait ce n’en est pas un. Est-il sensuel ? Peut-être. Cela dépend de la personne qui le regarde. I Want to Tease You fait partie du thème général de l’exposition. Il s’agit de provoquer, de faire réagir. Mais personne ne réagira de la même manière » explique Sara Badr.

Cette peinture est la première d’une série de huit qui explorent le thème de la reconquête par l’adulte de la liberté de pensée simple et instinctive de l’enfant. Elle fait partie d’une installation de Sara Badr qui s’intitule I Want, en collaboration avec la galerie d’art Agial et qui a lieu cette semaine à Strange Fruit.

Sara Badr explique : « Les peintures, la vidéo, toute l’installation est basée sur un même thème, l’adulte essayant de reconquérir la liberté inhérente à l’enfance. C’est le paradoxe entre l’enfance et l’âge adulte car lorsque vous êtes un enfant vous n’avez aucune barrière à votre liberté et à votre imagination. »

Sara Badr a plusieurs facettes : peintre, graphiste et propriétaire d’un concept store. En effet, elle dirige une agence de design graphique et est une des propriétaires du magasin de meubles et de design, Artishow à Achrafieh.

Mais elle ne se proclame pas philosophe. Et pourtant l’efficacité de son message repose sur sa simple naïveté. « Je voudrais qu’à la lecture de cette exposition les gens se questionnent pour revenir à l’essentiel et ainsi se libérer des chaînes de la maturité. » L’installation consiste en huit peintures de deux mètres de haut disposées en deux ensembles de quatre sur l’estrade du night club. A l’arrière, une vidéo de 7 minutes et demie accompagnée d’une musique rythmée, est proje­tée en continu sur l’écran de cinéma du club. Les toiles à technique mixte ne sont pas tendues et sont à dominante noir et blanc, avec des titres tels que I Want to Be a Dancer et I Want to Implode. Sara Badr explique que l’exposition est évidemment autobiographique mais peut s’appliquer à chacun d’entre nous.

« Dans la vie nous voulons être un paradoxe, nous voulons être noir et blanc, » indique-t-elle. « Nous voulons suivre mais nous voulons aussi être suivis. »

I Want to Be Earth and Sky représente une figure en train de danser, ses jambes faisant corps avec le sol afin de tourner suffisamment vite pour atteindre le ciel.

I Want to Fly montre une figure, une femme, penchée comme si elle s’apprêtait à plonger d’un point très haut. Elle suit les directives d’un oiseau perché à côté d’elle, déployant ses ailes pour voler.

« L’oiseau apprend à la femme comment voler, comme un enfant utilise son imagination pour découvrir ses possibilités infinies. » explique Sara Badr. La vidéo – dont la projection interfère au passage avec les peintures et le visiteur de l’expo – est une succession d’images, sur lesquelles viennent se greffer des phrases telles que : « I want to be born again and again », « I want to dance on my horse. »

« Galoper représente la liberté et la liberté c’est l’enfance », explique-t-elle. Toutefois, pour celui qui cherche à aller plus loin dans la lecture de ce qui est présenté, l’exposition nécessite définitivement plus d’interaction de sa part que pour celles présentées dans des galeries d’art plus conventionnelles.

« J’ai voulu que cette installation soit présentée dans un club, un espace qui ne soit pas un endroit habituel pour une exposition. J’aime faire des choses qui font réagir les gens. Je cherche à obtenir une réaction », explique Sara Badr.

La partie la plus originale de l’exposition “Toile de maître au mètre”, met en scène deux toiles serigraphiées de 5 mètres de long et une de 10 mètres de long intitulées Flying Butter, Quidam et Still Still. Des modules de 35 par 50 centimètres découpés dans ces toiles peuvent être acquis pour 35 dollars. Bien que cette série fasse partie du même thème, Sara Badr les décrits comme plus ironiques.

« Je déteste la manière dont les gens achètent des tableaux, non pas parce qu’ils les aiment particulièrement, mais parce qu’ils veulent que ça s’accorde avec leur décoration ou pour que ça remplisse un mur blanc. C’est ridicule », affirme-t-elle.

« Avec ce concept, vous achetez la partie de la toile que vous désirez. » L’impression globale de l’exposition est attirante.

L’utilisation d’un espace alternatif est innovante, les tableaux abondamment éclairés se détachent dans la pénombre du club. Les images de la vidéo sont fortes et frontales, peut-être a-t-on le sentiment d’être un peu trop agressés par les I Want.

Mais ceci est compensé par l’impression d’immensité et d’espace des peintures et l’usage efficace du noir et blanc et l’on part avec la résolution ferme de suivre ses instincts, librement comme un enfant.