Renaissance

Galerie Langlet, Paris

Mai 2007
Sara Badr Schmidt par Pascal Bruckner

Il y a des êtres qui passent leur vie à attendre : portiers, sentinelles, vigies, gardiens, prêtres, pasteurs, les uns l’heure de la sortie ou de la fermeture, les autres la vie éternelle, préposés à cette fonction fondamentale, chacun pour des raisons différentes.

Ils témoignent par leur présence de ce qui n’est pas mais doit advenir un jour, aussi important pour le salut des hommes que ce qui est. Les toiles de Sara Badr Schmidt, surtout les plus récentes, relèvent de cette catégorie : chez elle il y a toujours une chaise, un sofa, un fauteuil qui sont là, vides, disponibles, nous invitent à nous poser, à nous asseoir avant de laisser la place à d’autres. La chaise attend le passant comme le tableau attend le visiteur qui va se ressourcer en lui. Elle convie au repos, elle est une absence accueillante, une étape sur un chemin qui n’en finit jamais.

Cette attente n’est pas douloureuse ou impatiente, elle est calme. Sara Badr Schmidt a une approche récapitulative de la peinture : elle remonte le cours du temps, traverse l’abstrait, le figuratif, s’essaye au collage, parsème ses oeuvres de poèmes de Prévert, de phrases ironique ou poétiques. Cette revisitation des styles est à la fois ludique et pédagogique : Sara Badr Schmidt reprend pour mieux créer à son tour, trouver sa propre voie. C’est une volonté d’art total qu’elle manifeste, brassant formes, couleurs, commentaires, matières, même les plus triviales, les plus inattendues comme la toile cirée : l’écriture et le dessin échangent leurs prérogatives, se contredisent, se confortent, se rehaussent l’une par l’autre. On dirait parfois ces haïku, ces koan zen qui éludent le sens, repoussent l’explication, s’énoncent sans se laisser résumer. Ce dialogue, je le répète, est dépourvu d’agressivité ou d’hystérie. Ses tableaux interrogent sans provoquer, ils invitent le spectateur avec humour et délicatesse, manifestant une confiance en l’art qui est rare aujourd’hui. plus